Question de Rudy Salles – 14 janvier 2015

Monsieur le Premier ministre, lorsque la République est attaquée, lorsque le lien universel qui nous unit est attaqué, la réponse ne peut être que dans plus de République. Car la voix de ceux qui prêchent la haine, cette haine qui mène au fanatisme, ne peut avoir d’écho que lorsque la République ne crie pas haut et fort son attachement à ses valeurs, que lorsqu’elle reste muette face au repli sur soi, aux amalgames, aux communautarismes et à l’antisémitisme.

Ces derniers jours, nous avons tous et toutes été choqués d’apprendre que des enfants, dans nos écoles, avaient refusé de s’incliner devant la mémoire des défunts. La démission serait la pire des faillites. Il est aujourd’hui vital que la République affirme ses valeurs, avec humanité, autorité et tolérance.

L’école, pierre angulaire de la République, doit être de nouveau au cœur du projet républicain.

L’école de la République doit accueillir ses enfants sur ses bancs sans distinction de condition sociale, de conviction, ou de confession religieuse. Elle ne doit plus tolérer que 150 000 jeunes la quittent sans diplôme et s’engagent dans l’impasse de la désespérance. Elle doit donner les mêmes chances à ses enfants d’accéder au savoir et constituer le premier rempart contre l’ignorance.

L’école doit, enfin, être le sanctuaire de la laïcité, une laïcité que nous devons défendre sans états d’âme face aux menaces qui la guettent, mais une laïcité de bienveillance, de réconciliation, et non pas une laïcité de défiance ou de rejet de l’autre. Une laïcité qui soit à la fois un poing serré et une main tendue. Je propose d’ailleurs qu’on lève les couleurs dans les écoles et que l’on apprenne La Marseillaise aux enfants.

Monsieur le Premier ministre, le Gouvernement entend-il s’engager sur ce chemin, sur lequel il trouverait le groupe UDI à ses côtés ?

Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche. Monsieur le député, ce que nous ont montré les interrogations, les perturbations dans les salles de classe que j’évoquais à l’instant – il y a d’ailleurs eu parfois aussi de la part de certains enfants des questionnements innocents, ingénus –, c’est que des valeurs républicaines qui nous paraissent évidentes, comme la liberté d’expression, la laïcité, le rejet viscéral de l’antisémitisme, le respect de la loi et de l’autorité, ne le sont pas tant que cela pour un certain nombre d’enfants, de jeunes, d’adolescents, et c’est cela aussi qui doit nous interroger aujourd’hui.

Ne nous leurrons pas, ces questionnements, ces incompréhensions, cette théorie du complot, que l’on retrouve trop souvent parmi nos jeunes, traversent l’ensemble de la société, et nous devons apporter des réponses aux plus jeunes mais aussi aux adultes.

Vous avez raison de parler de citoyenneté et de valeurs et de dire que c’est à l’école aussi qu’il revient d’assumer cette mission. Aujourd’hui, honnêtement, elle n’est pas à la hauteur dans cette mission. Ce n’est pas faute d’enseignants de valeur, d’enseignants qui souhaitent transmettre ces valeurs, mais nous avons besoin de nous réunir, de nous mobiliser, de provoquer un sursaut, pour être enfin à la hauteur des enjeux.

La laïcité, c’est vrai, sera le préalable indispensable, pour apprendre à nos jeunes à vivre ensemble mais aussi pour se construire un esprit critique, une liberté de conscience, une liberté de jugement, l’art du débat contradictoire, ce qui leur permettra ensuite de faire le tri entre ce qui relève de l’information et ce qui relève de la rumeur.

C’est la raison pour laquelle nous accordons tant d’importance à l’introduction d’un enseignement moral civique à l’école, et à la nécessité de former davantage nos enseignants, de leur donner plus de ressources et d’outils pour les accompagner dans cette pédagogie. Nous le répéterons aux recteurs que nous réunirons avec les préfets dans quelques jours avec le Premier ministre.