Question de Philippe Vigier – 31 mars 2015

Monsieur le Premier ministre, dimanche, les Françaises et les Français vous ont adressé un désaveu cinglant. Ils ont sanctionné les promesses non tenues sur le chômage et sur le pouvoir d’achat et nombre d’entre eux ont crié leur désespérance.

Ils vous ont adressé un message que vous devez entendre et auquel vous êtes tenu de répondre, vous qui vous êtes personnellement engagé dans cette campagne. Ils vous ont demandé des réformes qui les protègent, des réformes pour préparer l’avenir de leurs enfants, des réformes qui libèrent les énergies pour créer des emplois, ces réformes que le groupe UDI n’a cessé de vous demander ces trois dernières années.

Monsieur le Premier ministre, vous affirmiez ce matin tenir le cap – quel cap ? – en évoquant un possible remaniement. Allez-vous, dans la perspective du congrès du parti socialiste, ouvrir vos portes aux frondeurs ou aux écologistes qui, les uns et les autres, sont chaque jour un peu plus en rupture avec la politique que vous mettez en œuvre ?
Une telle majorité, rafistolée à la hâte, ne vous suivra pas pour mener les réformes de fond dont notre pays a besoin, et vous le savez bien.

Monsieur le Premier ministre, vous avez affirmé ce matin que le peuple vous demande de rester à votre poste.

Ce n’est pas le cas de votre majorité. Comment allez-vous sortir de cette impasse ?

M. Manuel Valls, Premier ministre. Monsieur le président Vigier, je vous répondrai tout d’abord que je me suis en effet engagé dans la campagne des élections départementales.
C’est mon rôle de Premier ministre, de chef de la majorité. Je ne pouvais accepter l’idée, mais chacun est libre de ne pas être d’accord avec moi, que le Front national devienne à l’occasion de ces élections départementales la première force politique de notre pays. (Applaudissements sur plusieurs bancs du groupe SRC.)

Et je considère, et cela vaut pour tous les bancs de cette assemblée, que le niveau électoral du Front national, sa présence sur l’ensemble du territoire, les propos qui ont été tenus par un certain nombre de ses candidats appellent et appelleront toujours une réponse, la mobilisation, celle des valeurs de la République. À l’adresse de ceux qui votent pour cette formation, qui sont trompés par elle, ce constat requiert les réponses les plus concrètes possibles sur des questions aussi essentielles que l’emploi, la sécurité, le pouvoir d’achat, le niveau des retraites et, d’une certaine manière, la prise en compte d’une forme de désespérance et de sentiment d’abandon.
Je suivrai cet engagement parce que le paysage politique, chacun l’a bien compris, et cela doit interpeller le président du groupe centriste que vous êtes, est profondément modifié et chacun doit en tirer les leçons au premier chef le Gouvernement.

Nous allons poursuivre le redressement économique. De mon point de vue, il n’y a pas d’autre voie possible que celle, je le disais voilà un instant à Mme Pompili, du soutien aux entreprises, soutien qui doit leur permettre d’avoir davantage de marges.
C’est ce que nous avons fait avec le pacte de responsabilité et le CICE, soutenus par une conjoncture européenne et internationale qui va dans le bon sens ; le niveau du prix du pétrole et la baisse des taux d’intérêt nous sont favorables, et je n’oublie pas, bien entendu, la baisse de l’euro, que nous avons demandée, et qui est une bonne chose pour la France, pour nos entreprises et pour l’Europe.

Nous allons donc continuer dans cette voie, et il faudra sans doute aller plus loin dans deux directions. La première, je l’ai indiqué, c’est bien sûr le soutien à l’investissement des entreprises ; la seconde, nous aurons l’occasion d’y revenir, c’est la possibilité pour les PME et PMI d’embaucher davantage et plus rapidement, parce que ce sont ces dernières qui accueillent la grande majorité des salariés de ce pays et qui doivent pouvoir embaucher davantage.
Sur ces éléments-là comme sur les chantiers que nous avons engagés – j’ai évoqué la transition énergétique, les quartiers, la ruralité, la priorité donnée à l’éducation, le projet de loi relatif à la santé, dont la discussion commence cette semaine à l’Assemblée nationale –, je souhaite, et je l’ai déjà dit à la tribune de cette assemblée, que nous puissions, les uns et les autres, dialoguer et avancer ensemble.

Après les résultats des dernières élections et compte tenu des défis qui sont devant nous et du changement de paysage politique que je viens de décrire, j’ai la conviction que si la gauche se rassemble, si elle est unie, si elle parvient à s’adresser non pas uniquement à son propre camp mais à l’ensemble des Français, (Exclamations sur plusieurs bancs du groupe UMP) alors nous pourrons non seulement recréer de l’espérance, mais aussi faire en sorte que les Français reviennent à la vie politique, car ils s’en sont éloignés.