Question de François Rochebloine – 7 avril 2015

Monsieur le ministre des affaires étrangères, comme cela a été rappelé, 147 personnes, dont 142 étudiants, en majorité chrétiens, ont été massacrés jeudi dernier à Garissa, au Kenya, dans une université. Nous exprimons ici notre émotion et nous condamnons ces attaques ciblées.

Hier, le pape François a livré un message à la communauté internationale, déclarant que les chrétiens sont nos martyrs d’aujourd’hui, plus nombreux qu’au premier siècle de la chrétienté. Devant cette furie djihadiste, devant la brutalité insensée du massacre au Kenya, le silence complice de la communauté internationale doit cesser.

Monsieur le ministre, le monde, l’Europe, la France ne peuvent rester inertes face aux persécutions subies par les minorités chrétiennes du Proche et du Moyen-Orient. Ce nouveau génocide se déroule malheureusement dans l’indifférence totale de la communauté internationale. La France a pris des initiatives, mais elle ne peut être engagée seule sur tous les fronts, dans la lutte contre la barbarie.

Depuis la fin du mois de juillet, le Gouvernement n’a accordé que 1 500 visas d’asile à des chrétiens d’Orient, alors qu’il avait été annoncé la volonté de favoriser l’arrivée de ces minorités persécutées. Aujourd’hui, monsieur le ministre, envisagez-vous d’intensifier l’accueil de ces populations martyrisées ? La France doit agir pour que cessent ces drames et ces abominations, avec leur cortège de victimes. L’on ne peut plus se contenter de déclarations et de lamentations sur le sort de ces minorités chrétiennes.

La France doit appeler l’Union européenne à prendre des initiatives fortes avant qu’il ne soit trop tard. Aussi, monsieur le ministre, merci de nous indiquer les actions que vous comptez entreprendre pour répondre à cette situation absolument dramatique et intolérable.

M. Laurent Fabius, ministre des affaires étrangères et du développement international.

Monsieur le député, vous qui suivez ces questions avec beaucoup d’attention, sachez que j’ai réuni, au nom de la France, le 27 mars, la plus haute instance internationale, le Conseil de sécurité des Nations unies, avec, à mes côtés, son secrétaire général, M. Ban Ki-moon. Vous appelez à l’action, et vous avez raison : au nom de notre pays, j’ai proposé une charte d’action en quatre volets.

Le premier concerne l’accompagnement humanitaire, parce qu’il ne s’agit pas seulement, ni même essentiellement, d’accueillir des réfugiés. Il s’agit de faire en sorte que ces personnes puissent rester sur place : telle est la priorité, et il faut que les agences des Nations unies prennent des dispositions en ce sens.

Deuxième volet : l’action militaire, car sans sécurité, il n’y a pas de retour viable. Il faut donc que nos actions, y compris au sein de la coalition, soient menées d’une manière telle qu’elles permettent de dégager des zones de sécurité.

Il importe, en troisième lieu, de lutter contre l’impunité. J’ai demandé que le Conseil de sécurité saisisse la Cour pénale internationale pour ces agissements et j’ai dit, connaissant le droit, que les crimes d’ordre culturel devaient être inclus dans la pénalisation, au titre de la Cour pénale internationale.

Enfin, j’ai demandé une solution politique d’ensemble, parce que nous ne trouverons une solution que si les États pratiquent une action inclusive. L’Irak a fait un effort en ce sens, lorsque son nouveau Premier ministre a été nommé, mais il y a encore des progrès à faire en ce sens.

Le secrétaire général des Nations unies a bien voulu écouter ce message, et une conférence internationale doit se tenir en France, sur la base du rapport des Nations unies. Mais je vous rejoins tout à fait : il ne s’agit pas simplement de parler. Il s’agit, comme le demande la France, d’agir au niveau européen et au niveau international, parce que pendant que nous discutons, ces gens-là se font massacrer.