« Où va l’Europe ? »

COMMUNIQUÉ  de Jean-Christophe Fromantin, 5 juillet 2015

« La situation de la Grèce n’est–elle pas l’illustration quasi caricaturale de la situation catastrophique de l’Europe ? Et d’une triple crise européenne qui s’ouvre face à nous :

 La Grèce et l’Europe traversent d’abord une crise politique qui marque le décalage profond entre la démocratie locale et la démocratie européenne. Le parlement européen n’est pas associé à la résolution de l’impasse en Grèce, or la recherche d’une solution respectueuse des populations – de celles qui ont fait des efforts, comme de celles qui devront en faire – passe aussi par des échanges entre les représentants élus de chaque pays. La réponse de la population grecque est un appel désespéré à plus de démocratie en Europe, en écho direct à l’ex–troÏka qui n’a pas intégré la dimension humaine du problème. Mais on ne peut pas pour autant, au nom de la démocratie, se réjouir du « non », car, qu’on le veuille ou non, le nouveau haircut que demande implicitement Alexis Tsipras se fera au détriment des leviers de développement auxquels pourraient prétendre d’autres citoyens européens.

 La Grèce traverse une crise financière qui n’est que la résultante d’un laisser–aller dont plusieurs pays d’Europe – dont la Grèce – ont très largement profité et qui montre aujourd’hui ses limites. La Grèce ne peut pas continuer vers une fuite en avant. Or, le refus des réformes structurelles dont elle a besoin est un non sens. Ce déni de réforme ne peut pas générer de croissance solide, mais uniquement des effets de relance de court terme. La Grèce, comme la plupart des pays d’Europe, se trouve confrontée à des déséquilibres financiers structurels auxquels s’ajoute un laxisme fiscal dont elle est seule responsable. Elle doit le prendre en compte. Cette crise financière exige néanmoins de nos institutions, nationales et européennes, d’autres solutions que celles qui se résument au remboursement de la dette vs annulation de la dette. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé une formule de conversion d’une partie de la dette en investissement pour donner une perspective positive aux grecs comme à ses créanciers. Cette politique d’accompagnement mériterait d’être plus largement proposée aux pays d’Europe et d’être intégrée à la politique de liquidité de la BCE.

La Grèce comme tous les pays d’Europe – à des degrés divers – traverse une crise économique qui est loin d’être terminée car elle est la conséquence d’une reconfiguration de l’économie mondiale, marquée à la fois par l’émergence de nouvelles puissances et par celle de nouveaux modèles économiques. Auxquels s’ajoute un probable ralentissement de la croissance mondiale dans les années à venir qui aura un effet amplificateur sur nos difficultés. C’est la raison pour laquelle l’Europe doit se poser la question d’une politique économique commune, basée à la fois sur une doctrine de développement, sur un programme d’investissement et sur une nouvelle gouvernance plus intégrée. Elle n’en prend pourtant pas le chemin. Il suffit de regarder le (petit) programme européen d’investissement qui est une addition de soutiens à des projets nationaux alors qu’il devrait être un engagement vers des programmes européens partagés, structurels et ambitieux.

Le référendum était une voie sans issue car, ni le oui ni le non, n’ouvre vraiment de réelles perspectives. Pour autant, en pointant douloureusement cette fin de cycle de la construction européenne, la situation grecque peut sans doute provoquer un électrochoc positif en Europe. Car c’est d’un nouvel acte européen dont nous avons besoin, plus démocratique, plus intégré économiquement et plus visionnaire. »

 

A nous d’ouvrir la construction de l’Europe du XXIème siècle …