Mois

Question de Philippe Folliot, 22 juillet

« Monsieur le Premier ministre, 19 francs le kilo ! C’est le prix auquel se sont vendus les veaux sur le marché de Valence-d’Albigeois lundi dernier, soit le même prix qu’il y a trente ans. Si je dis 19 francs, c’est que sur les marchés du Sud-Ouest, les transactions se font toujours en francs avant d’être converties en euros… Ce qui importe, c’est que c’est le même prix qu’il y a trente ans ! Depuis, les exploitations se sont agrandies, les agriculteurs et les éleveurs ont investi, mais leurs revenus sont inférieurs à ceux qu’ils avaient à l’époque.

Un certain nombre de problèmes sont tout d’abord liés à l’Europe, qui s’est construite sur un équilibre entre une France agricole et une Allemagne industrielle. Or, aujourd’hui, l’Allemagne est une puissance agricole plus importante que notre pays. Et un problème de compétitivité se pose aussi, parce que les agriculteurs, abatteurs et transformateurs allemands ont recours à une main-d’œuvre qui vient des pays de l’Est dont les niveaux de rémunération sont inférieurs à ceux de notre pays.

Se pose également la question des normes, qui sont appliquées avec rigueur en France mais avec laxisme ailleurs, et celle des marchés. Mais au-delà de tout cela demeure une question à laquelle vous n’avez pas répondu tout à l’heure, monsieur le ministre : celle de la TVA sociale, formulée en son temps par Jean Arthuis et particulièrement importante dans une tentative d’équilibrage. Il faut aussi prendre en compte la nécessité de rééquilibrer les relations entre la grande distribution et l’agriculture. »

M. Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du Gouvernement. « Monsieur le député, vous avez évoqué un certain nombre de sujets auxquels j’ai déjà répondu. Je me concentrerai donc sur celui de la TVA sociale. Ce projet avait été proposé par M. Arthuis et il n’a jamais été mis en œuvre. Il porte sur l’idée, tout à fait respectable, d’augmenter la TVA pour baisser les cotisations sociales.

Le Gouvernement, grâce au pacte de responsabilité et au CICE, a fait baisser les charges, de telle sorte que, quand les baisses de charges étaient, pour l’agriculture, de l’ordre de 600 millions d’euros sous le gouvernement de M. Fillon, elles sont évaluées aujourd’hui à 1,6 milliard d’euros.

Si nous comparons donc nos efforts en faveur de la compétitivité, sur ce seul sujet de la baisse des charges et sans recourir à une augmentation de la TVA, qui porte elle sur la consommation, nous avons fait tout simplement deux fois mieux que vous !

Il n’est donc pas besoin de revenir sur le débat relatif à la TVA sociale, puisque sans elle, nous faisons déjà deux fois mieux que vous. Quant à l’industrie agroalimentaire, sous votre majorité, les baisses de charges étaient de l’ordre de 400 ou 500 millions d’euros, alors qu’elles sont aujourd’hui de 1,7 milliard d’euros, soit deux fois mieux. Au total, cela fait donc quatre fois mieux que vous ! »

Question de Thierry Benoit – 22 juillet

 » Ma question s’adresse à M. le Premier ministre. Certains collègues du groupe UDI, notamment François Sauvadet et François Rochebloine plus récemment, du groupe Les Républicains comme Isabelle Le Callennec et Gilles Lurton et moi-même vous avons interpellé sur les problématiques de l’agriculture française, monsieur le Premier ministre. Convenons ensemble que nous avons en France les meilleurs agriculteurs du monde.

Je dis cela car de l’étranger, on nous observe. Si les Chinois investissent plus de 80 millions d’euros en Bretagne, c’est parce qu’ils font confiance aux agriculteurs français qui répondent depuis cinquante ans à toutes les exigences sanitaires, de sécurité alimentaire, environnementale et de bien-être animal avec force et conviction ! On ne peut plus accepter, monsieur le Premier ministre, et vous en êtes sans doute pleinement conscient, que nos agriculteurs ne retirent pas les fruits de leur travail et que les prix des produits agricoles ne leur assurent pas un revenu décent !

Un climat de confiance doit être restauré dans le pays car les agriculteurs sont des professionnels et doivent être considérés comme tels par les transformateurs et les distributeurs ! Il n’est pas normal que le Premier ministre ou le ministre de l’agriculture soient obligés de tordre le bras à des transformateurs ou à des distributeurs afin qu’ils rémunèrent les produits agricoles à leur juste valeur ! Cela est inacceptable ! J’ai donc quelques questions à vous poser, monsieur le Premier ministre. Êtes-vous prêt à aller au-delà des mesures proposées ce matin en termes de simplification administrative et normative ? Êtes-vous prêt à donner des instructions afin que les contrôles agricoles soient fondés sur la confiance et non plus sur la défiance ? Êtes-vous prêt à adapter la fiscalité agricole, notamment à instaurer la TVA sociale dans le pays ?

M. Stéphane Le Foll, ministre de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt, porte-parole du Gouvernement. « Je salue d’abord votre engagement tout au long de la discussion du projet de loi d’avenir pour l’agriculture, monsieur Benoit, et la qualité des échanges que nous avons eus en vue de fixer un objectif à l’agriculture française. Nous partageons votre constat : nous avons en effet les meilleurs agriculteurs du monde et nous avons une grande agriculture à l’échelle de l’Europe et du monde. Deuxièmement, vous avez mis exactement le doigt sur le problème de l’agriculture et plus globalement de tout le pays, c’est-à-dire sur les relations qu’entretiennent les différents maillons et les différents acteurs des filières. Alors qu’on est capable, dans d’autres pays européens, de s’organiser pour partir ensemble à la conquête de marchés, en France, chacun part dans son coin ! »

J’ai donc proposé de mettre en place une plateforme de l’agro-alimentaire, en particulier de la viande, rassemblant tous les acteurs et opérateurs, du secteur privé comme du secteur coopératif, afin de répondre à des appels d’offres émis à l’échelle du monde. Il s’agit là d’un principe. Deuxièmement, au sujet de la grande distribution et des entreprises, vous avez dit à juste titre qu’il n’est pas normal que le ministre soit obligé de multiplier les réunions. Je les multiplierai jusqu’au bout tant que je n’aurai pas instauré un climat de confiance et des relations respectueuses entre tous les acteurs : il faut que la grande distribution respecte les entreprises intermédiaires et que celles-ci et la grande distribution respectent les producteurs. C’est bien le sujet, monsieur Benoit, très justement souligné par votre question. C’est bien cela qui oblige le ministre et d’autres à être présents chaque fois que c’est nécessaire afin de restaurer la confiance ! »

Crise de l’élevage : en finir avec les plans court-termistes

Communiqué  de François Sauvadet, 23 juillet

« Le Président de la République était aujourd’hui à Dijon pour défendre son plan de soutien à l’élevage français de 600 millions d’euros.

Face à la crise sans précédent que subissent les filières élevage et lait, face aux difficultés croissantes que rencontrent nos agriculteurs – perte de trésorerie, endettement massif, situation de faillite…- les remèdes proposés par le Président de la République ne sont pas à la hauteur des enjeux.

Cet énième plan n’apporte ni de solutions structurelles ni de réelles perspectives durables dans ce contexte concurrentiel exacerbé avec une guerre des prix insoutenable pour nos producteurs. Le Président attend « des efforts » de la part de la grande distribution, sans mesures concrètes ni contraignantes.

Je soutiens donc la mobilisation des agriculteurs. A l’échelle du Département de la Côte-d’Or, nous n’avons pas attendu le Gouvernement pour agir puisque nous avons réaffirmé notre engagement en faveur du monde agricole à travers la signature d’un nouvel accord cadre avec la Chambre d’Agriculture : ce sont près de 15 M d’€ sur 5 ans (2015-2019) que nous investissons pour soutenir la restructuration de nos filières de proximité en aidant notamment la création d’atelier de vente directe, en facilitant la transmission des exploitations et en leur permettant de relever les défis d’une production durable. »

Réforme de l’asile – DG – 15 juillet

Intervention d’Arnaud Richard

« Madame la présidente, madame la secrétaire d’État, monsieur le président de la commission des lois, madame la rapporteure, chère Sandrine, mes chers collègues, voilà le terme de longs mois de débats sur la réforme du droit d’asile.

Chacun s’accorde à décrire un système à bout de souffle, subissant une hausse constante de la demande, paralysé par un allongement inquiétant des délais et des coûts budgétaires croissants.

Madame la secrétaire d’État, cette réforme était bien évidemment nécessaire pour mettre fin aux carences qui nuisent aux victimes, qui ont un réel besoin de protection, et mettent à rude épreuve les personnels des préfectures, les travailleurs sociaux des différentes agences de l’État, ou encore les responsables des structures d’hébergement d’urgence.

Partant de ces constats, nous devions agir pour redonner son sens au droit d’asile, ce droit consubstantiel de la République, et mettre fin aux instrumentalisations et dérives dont il a malheureusement souvent fait l’objet.

La tâche n’était pas aisée. Elle l’était encore moins dans le contexte difficile que nous connaissons. Ces derniers mois ont été marqués par une arrivée massive de migrants aux frontières sud de l’Europe. Ces situations difficiles ont pesé sur nos débats. Dans un tel contexte, céder aux discours simplificateurs, réducteurs et schématiques aurait été une faute politique.

Il n’en a rien été. Nos échanges ont été constructifs et ce projet de loi, malgré quelques imperfections – qui n’en a pas ? –, devrait apporter des améliorations nécessaires au meilleur fonctionnement de notre système d’asile.

Si ce texte est nécessaire pour traiter l’urgence, n’oublions pas pour autant que la réponse est et sera avant tout européenne.

Madame la rapporteure, je regrette que nos deux assemblées ne soient pas parvenues à établir un texte de compromis. Chacun des rapporteurs, à l’Assemblée nationale et au Sénat, s’y est pourtant essayé longuement. Nous partagions tous les mêmes objectifs : rendre notre système d’accueil plus efficace, permettre une meilleure prise en charge des demandeurs d’asile et faciliter l’intégration des bénéficiaires de l’asile. Je tiens à saluer la qualité du travail de notre rapporteure, Sandrine Mazetier.

Nous aurions pu, à mon sens, tenir compte de certaines modifications apportées par nos collègues sénateurs. Je pense notamment au raccourcissement de certains délais, que notre assemblée a excessivement allongés par rapport au texte initial, comme le délai à l’expiration duquel l’autorité administrative peut considérer qu’une demande d’asile est tardive.

Quoi qu’il en soit, nous avons veillé tout au long des débats à ce que l’équilibre du projet de loi initial ne soit pas rompu, dans un sens qui aurait pu nuire à l’accueil des demandeurs d’asile ou, au contraire, qui aurait encouragé le détournement ou l’instrumentalisation de la procédure d’asile. Il me semble que nous sommes parvenus à établir un texte relativement équilibré et que nos débats, au cours des différentes lectures, ont permis de faire évoluer le texte de façon importante.

L’un des principaux apports de ce texte est la réorganisation du premier accueil. Ainsi que nous le soulignions, avec Jeanine Dubié, dans le rapport que nous avons rendu pour le Comité d’évaluation et de contrôle de l’Assemblée nationale, cette réorganisation doit être conduite dans le but de rendre le premier accueil plus lisible et plus simple pour le demandeur, d’accélérer les premières étapes et de fluidifier la procédure, en évitant ainsi l’encombrement des services préfectoraux comme des opérateurs en charge de l’accueil.

La réforme des placements en procédure prioritaire, désormais qualifiée de procédure accélérée, est également à souligner. Cette notion a suscité de nombreuses critiques qui résultent, à mon sens, d’une certaine confusion concernant l’existence même de ces procédures, leur champ d’application, l’autorité administrative qui les engage et leurs conséquences sur le statut du demandeur.

En outre, la garantie d’un hébergement et d’un accompagnement adaptés aux demandeurs d’asile, à travers l’instauration d’un schéma national d’hébergement, la « familialisation » de l’allocation temporaire d’attente et la généralisation du caractère suspensif du recours devant la CNDA, constitue une avancée importante.

Je me félicite, par ailleurs, qu’un certain nombre de propositions émanant du groupe UDI aient été intégrées dans le texte. Je pense à celle qui consiste à équilibrer la charge de la preuve en prévoyant qu’il appartient au bénéficiaire de la protection subsidiaire de fournir la preuve qu’il peut encore y avoir droit, ou encore à celle qui rétablit les dispositions du projet de loi gouvernemental afin de permettre, dans certains cas spécifiques, d’appliquer la procédure accélérée aux fins d’examen de demandes d’asile de mineurs isolés.

En revanche, j’aurais souhaité être davantage entendu sur plusieurs autres points, dont certains sont développés dans le rapport que Jeanine Dubié et moi avons rendu pour le CEC.

Je pense notamment à la création d’un système d’information rassemblant tous les renseignements utiles au suivi des demandeurs d’asile. En effet, si la situation de ces derniers est connue par le service ou l’opérateur responsable, on constate que les échanges d’informations entre les différents acteurs répondent souvent à des processus complexes et inadaptés. La seule application générale n’est pas consultable par la plupart des acteurs, notamment par l’OFPRA, la CNDA et Pôle emploi. De manière générale, le caractère disparate et incomplet du système d’information rend le pilotage impossible et le travail quotidien des acteurs difficile – c’est peu dire ! À notre sens, il aurait été pertinent de construire un outil intégré, permettant de donner une visibilité sur l’ensemble du public des demandeurs d’asile et de gérer les droits des personnes d’une manière rapide, efficiente et efficace.

De plus, nous aurions pu renforcer la professionnalisation de la CNDA en prévoyant la présence d’un rapporteur nommé parmi les personnels de la Cour.

Nous aurions également pu prendre davantage en compte la question de la procédure d’asile à la frontière. La procédure actuelle est très théorique et ne correspond pas à la réalité de la pratique constatée sur le terrain. En effet, un grand nombre de personnes ayant présenté des demandes que l’OFPRA considère comme manifestement infondées sont néanmoins libérées. Nous devons remédier à cette situation qui affaiblit considérablement la procédure. Dans cet objectif, j’avais notamment proposé d’inscrire dans la loi le fait que le juge des libertés et de la détention ne peut pas ordonner la libération d’un étranger en zone d’attente sur le seul fondement de l’existence de garanties de représentation – je reconnais le caractère paradoxal de cette proposition, monsieur le président de la commission des lois ! »

Nous devons faire des centres d’accueil des demandeurs d’asile – CADA – le dispositif central de la politique d’hébergement, car nous savons tous qu’une part importante des demandeurs est accueillie dans les structures d’hébergement d’urgence. C’est justement la problématique de l’hébergement d’urgence qui m’a amené à travailler sur le sujet de l’asile, après avoir visité, avec Danièle Hoffman-Rispal, différents centres d’hébergement d’urgence et centres d’hébergement et de réinsertion sociale – CHRS – en France.

Ainsi que j’ai pu l’indiquer lors des lectures précédentes, nous ne devons pas non plus négliger « l’après-asile », un sujet qui a été malheureusement assez peu abordé au cours de nos débats. Nous devons réfléchir aux moyens de favoriser l’intégration des personnes protégées.

Enfin, je défendrai, dans le cadre de cette lecture définitive, un amendement de Valérie Létard adopté par le Sénat en première et en nouvelle lectures. Il s’agit d’associer étroitement les communes et intercommunalités compétentes en matière d’habitat à l’amélioration du schéma régional. Il semble que cela soit la meilleure manière de créer, par une démarche concertée, les conditions d’une acceptation positive de l’accueil des demandeurs par la population d’un territoire.

Vous l’aurez compris, mes chers collègues : en dépit de ces quelques réserves, je suis très heureux, comme Mme Crozon, d’avoir modestement contribué à l’élaboration de ce projet de loi, dont j’assume une part de la paternité. Nous étions quelques-uns à nous intéresser à ce sujet !

Il me semble que ce projet de loi va plutôt dans le bon sens. Espérons qu’il redonne enfin sens au droit d’asile, auquel nous sommes tous très attachés dans notre pays ! C’est pourquoi le groupe UDI votera, en toute cohérence, ce projet de loi. »

 

Déclaration du Gouvernement sur l’accord européen relatif à la Grèce – 15 juillet

Intervention de Philippe Vigier

« Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, madame, messieurs les ministres, mes chers collègues, l’essence même de l’idéal européen est de parvenir à ce qui semblait impossible.

Qui, au crépuscule des deux conflits mondiaux qui avaient précipité des millions d’hommes et de femmes dans l’horreur de la guerre, pouvait imaginer que nous allions construire ensemble un édifice de paix dont la France et l’Allemagne seraient les fondations ?

Qui pouvait imaginer que les haines, les égoïsmes qui avaient conduit nos soldats à mourir dans les tranchées s’effaceraient un jour pour que les peuples européens partagent des frontières communes, un marché unique, une monnaie unique imaginée par Valéry Giscard d’Estaing et Helmut Schmidt, une citoyenneté et les valeurs humanistes qui font notre singularité dans le monde ?

Oui, être européen conduit à partager une exigence – le refus de la fatalité – et à œuvrer collectivement à une ambition : le progrès et la fraternité entre les peuples.

Tel est, nous le croyons, l’esprit dont le mandat de négociation signé entre les États membres de la zone euro et la Grèce est imprégné.

Hier, la Grèce était au bord du précipice. Aujourd’hui, elle reste européenne même si sa situation reste critique, chacun ici en est pleinement conscient.

Le fait que l’on soit parvenu à ce protocole démontre que, même au plus fort d’une crise sans précédent, les Européens entendent assumer une communauté de destin. Cela n’aura été possible que parce que, conscient de l’impérieuse nécessité de préserver l’essentiel, chaque État aura finalement accepté de faire un pas vers l’autre. Cela aura également été possible parce que la France a tenu son rôle, en étant le trait d’union entre des aspirations légitimes mais contradictoires, entre le choix de la solidarité et celui de la responsabilité.

Cette déclaration n’aura été possible que parce que le Premier ministre grec a abandonné le programme populiste sur lequel il a été élu. Telle est la vérité. Nous y voyons le signe que la démagogie d’Alexis Tsipras, et la déclaration de ce matin va dans ce sens, déclaration dont les extrêmes de droite comme de gauche se sont revendiqués en France, constitue la pire des menaces pour les peuples européens.

Celles et ceux qui, en France, prônent le rejet de l’autre, éructent leur haine de l’Allemagne ou flattent le sentiment nationaliste d’un peuple blessé doivent maintenant sortir de l’ambiguïté.

Oui ou non voulaient-ils que la Grèce tourne le dos à son destin européen alors même que le non du peuple grec au référendum n’était en aucun cas un non à l’Europe ? Oui ou non voulaient-ils les drames qu’aurait engendrés une sortie de la Grèce de la zone euro, ce qu’Alexis Tsipras lui-même a refusé jusqu’à la dernière minute de négociation ? Oui ou non voulaient-ils que l’Espagne, le Portugal, l’Italie, voire la France, soient pris d’assaut par les marchés, voulaient-ils laisser la Russie imposer son emprise sur la région, alimenter les tensions avec la Turquie, voulaient-ils que des flux migratoires d’une ampleur inédite échappent totalement à notre contrôle ? Oui ou non, enfin, voulaient-ils que la démocratie s’effondre en Grèce alors que l’Europe lui a tendu la main lorsqu’elle se délivrait du joug de la dictature des colonels ?

La vérité, et nous le savons tous, c’est qu’il n’y avait pas d’alternative pour le peuple grec, qui a déjà beaucoup souffert.

La vérité est que nous avons évité le chaos au prix d’une déclaration dure, qui se révélera cependant moins douloureuse en définitive qu’une sortie de la zone euro pour le peuple grec, et le Premier ministre grec le sait bien.

Cette déclaration est responsable puisque, d’une part, les aides accordées à la Grèce pour éviter la faillite et sortir son économie de la paralysie sont la contrepartie de réformes difficiles, indispensables et que, d’autre part, est exclu tout effacement de la dette grecque, qui aurait constitué à nos yeux un signal inacceptable.

En revanche, il faut être lucide. Si cette déclaration a permis d’éviter que l’Europe ne sombre, elle n’apporte aucune réponse définitive à la crise grecque. Elle laisse en effet des questions essentielles en suspens. Elle ne met pas fin aux conséquences dramatiques d’une politique d’austérité qui produisait les effets inverses à ceux recherchés.

Le peuple grec, depuis cinq ans, a consenti de nombreux d’efforts, plus que n’importe quel peuple européen. Sa souffrance était devenue insupportable.

Pouvons-nous fermer les yeux sur les conséquences dramatiques des réformes qui ont été demandées à la Grèce ? Nous, à l’UDI, ne le croyons pas, en pensant à l’image de la fraternité européenne que Victor Hugo nous exhortait à poursuivre. Tel n’était pas non plus le défi de la liberté auquel nous avait conviés Simone Veil lorsque, à la tribune du Parlement européen, elle se réjouissait que la Grèce soit venue s’ajouter à l’îlot de la liberté, l’Europe, qui avait résisté aux régimes totalitaristes. Tel n’était pas enfin le projet des pères fondateurs, Konrad Adenauer, Jean Monnet, Robert Schuman, Alcide de Gasperi ou ou Paul-Henri Spaak, dont nous sommes tous les héritiers.

J’ajoute que ce protocole, préalable à un futur accord, n’apporte qu’une réponse à l’urgence dans laquelle se trouve la Grèce. En aucun cas, ces financements ne permettront à l’économie grecque de trouver le chemin de la confiance et de la croissance. C’est à la Grèce de faire les réformes attendues. C’est à la Grèce de choisir son chemin.

Monsieur le Premier ministre, notre groupe considère que cette déclaration préalable n’est pas une condition suffisante pour préserver l’avenir de la zone euro et l’appartenance de la Grèce à cette zone à long terme.

Pour autant, il permet pour l’instant – et pour l’instant seulement – à l’Europe de préserver le lien si étroit qui existe entre ses États membres, et dont notre monnaie commune est l’expression la plus aboutie. Telle est la raison pour laquelle notre groupe, viscéralement attaché à l’idéal européen, soutiendra majoritairement cette déclaration, tout en étant conscient de sa grande fragilité.

Mais ce vote porte sur un protocole, non pas sur l’aboutissement d’une négociation que nous examinerons le moment venu. Nous estimons, en revanche, qu’il est nécessaire que la France prenne quatre initiatives fortes afin que cette déclaration n’ait pas simplement permis de gagner du temps et qu’elle ne se résume pas à un jeu de dupes, comme beaucoup ici l’imaginent, mais qu’elle permette de poser enfin les jalons d’une Europe plus forte, dont la France doit être à l’avant-garde.

La première de ces initiatives est la création d’un dispositif de suivi et de contrôle de la mise en œuvre du futur accord, au niveau européen et national. Monsieur le Premier ministre, comme Christian Jacob plus tôt, je vous demande officiellement de constituer un groupe de parlementaires, comme Nicolas Sarkozy l’avait fait en 2008 sur la crise financière, de tous les groupes politiques de l’Assemblée mais aussi du Sénat, afin que nous soyons tenus informés, en temps réel, de l’évolution de cet accord et qu’il soit proposé au vote de l’Assemblée nationale.

La seconde de ces initiatives, c’est que le Gouvernement doit défendre le doublement de la durée de remboursement de la dette grecque. Comme le dit le FMI, il n’existe pas d’autre schéma, et chacun ici le sait.

La troisième des initiatives que nous attendons du Gouvernement est qu’il réussisse à convaincre nos partenaires européens de la nécessité de relancer un plan d’investissement, différent du plan Juncker : un vrai plan ambitieux, afin de soutenir massivement les industries innovantes. Il faut revenir à l’Europe des grands projets et des grands travaux, qui représenteront de vrais gisements d’emploi pour toute la zone euro, et en particulier pour l’économie grecque, ce qui suscitera un regain de confiance en Europe.

Enfin, quatrième et dernière initiative que nous attendons : nous devons, sans délai, oser une nouvelle Europe, une Europe fédérale – je prononce ce mot !

Il est temps d’en finir avec l’Europe technocratique, tatillonne et comptable. Posons sans attendre la première pierre d’une Europe politique, avec un gouvernement économique, financier et budgétaire, un Parlement de la zone euro et un budget.

François Hollande s’est engagé à prendre cette initiative au nom de la France, hier. Mais ces déclarations d’intention ne sont pas nouvelles et elles demeurent floues, tant sur le contour que sur le calendrier. Nous attendons que cette vision, dont vous parliez tout à l’heure, monsieur le Premier ministre, se transforme en audace – cette audace qui était le maître mot du discours du 14 juillet.

Vous l’aurez compris, mes chers collègues, pour nous, la France doit porter une vraie voix pour dire au monde que l’Europe est forte et qu’elle veut que son histoire continue et qu’elle se confonde avec celle du progrès. »