Questions au Gouvernement, 15 juillet

Question de François Rochebloine

« Ma question, monsieur le président, s’adresse à M. le Premier ministre, et non pas à M. Le Guen.

Depuis plusieurs semaines, le groupe de l’Union des démocrates et indépendants n’a cessé de vous interpeller sur la crise sans précédent que traversent nos agricultures.

Cette crise touche à la fois les producteurs de viande bovine et de porc mais aussi de lait. Alors que les coûts de production ne cessent d’augmenter, les pressions que la grande distribution exerce sur les prix sont devenues insoutenables pour nos éleveurs.

Plus qu’un enjeu économique, la crise de l’élevage représente aujourd’hui un enjeu social de grande ampleur pour notre pays. Les revenus agricoles ne cessent de chuter, plongeant des milliers d’agriculteurs dans une détresse professionnelle et personnelle. Les réponses apportées par M. le ministre Le Guen sont méprisantes. Entendez le désespoir de nos agricultures !

La semaine dernière, en réponse à notre collègue François Sauvadet, votre ministre de l’agriculture s’est lui-même déclaré dans l’impossibilité d’agir directement. Certes, l’État ne peut pas tout, mais il dispose tout de même d’outils suffisants pour faire respecter des accords qui, jusqu’ici, ont été bafoués par la grande distribution.

À la veille de la pause estivale, monsieur le Premier ministre, il faut une réponse forte. Le groupe UDI vous demande solennellement d’organiser un débat sur la situation que vit le monde agricole, et ce avant la fin de la présente session extraordinaire.

Le Sénat, quant à lui, a pris l’initiative d’une grande conférence agricole qui aura lieu demain en présence de tous les acteurs concernés.

Face à une crise aussi violente et déterminante pour l’avenir de notre pays, chacun doit être prêt à travailler main dans la main pour sortir de l’ornière. Le groupe UDI monsieur le Premier ministre, est prêt à relever ce défi. Il ne tient plus qu’à vous d’accepter cette main tendue et de passer de la communication à l’action ! »

M. Manuel Valls, Premier ministre. « Soyons respectueux du fonctionnement normal de nos institutions : M. le ministre de l’agriculture est en ce moment avec le président du Mexique. Le secrétaire d’État chargé des relations avec le Parlement l’a suppléé, comme il l’a souvent fait, y compris en d’autres temps.

La crise que traverse le monde agricole mérite selon moi que chacun soit conscient des problèmes et des défis auxquels nous faisons face.

La loi d’avenir pour l’agriculture a apporté une réponse à ce qui constitue une crise économique, sociale et même morale du monde agricole, pour reprendre les propos du président Xavier Beulin.

Cette fois-ci, nous faisons face dans un certain nombre de filières à une autre crise : ce n’est pas qu’une crise budgétaire, comme nous avons pu en connaître, et que l’on pourrait régler à coup de subventions.

De ce point de vue du reste, ceux qui demandent des subventions supplémentaires – ce n’est pas votre cas, monsieur Rochebloine – sont souvent les mêmes qui demandent que l’on réduise la dépense publique dans bien des secteurs !

Vous avez raison, monsieur le député : il faut faire face à cette crise. Le Parlement est souverain : si, comme le Sénat le fera demain, l’Assemblée nationale souhaite organiser un débat en commission ou dans l’hémicycle, c’est son droit.

M. Le Foll se rendra demain au Sénat et se tient naturellement à la disposition des commissions compétentes de l’Assemblée et de l’ensemble des députés pour répondre à leurs questions. Il a lui-même souhaité qu’ait lieu cette table ronde avec les producteurs, les éleveurs et la grande distribution, et il souhaite que cet accord soit pleinement mis en œuvre.

Cela étant dit, ce sont les mêmes – pas vous, monsieur Rochebloine – qui défendent l’économie de marché, le retrait de l’État et la baisse des subventions et qui nous expliquent dans le même temps qu’alors qu’ils ont voté la loi de modernisation de l’économie qui donnait le pouvoir à la grande distribution, c’est à nous, c’est au Gouvernement d’obliger celle-ci à prendre ses responsabilités !
Sur ce sujet comme sur bien d’autres, il est temps, mesdames et messieurs les députés, que vous répondiez devant les Français à l’exigence de cohérence et que vous cessiez d’utiliser à vos propres fins le drame du monde agricole et la situation des agriculteurs, des éleveurs et d’un certain nombre de filières !

Il y a encore quelques mois, j’ai rencontré les éleveurs de porcs en Bretagne, et j’ai discuté avec eux de la souffrance qui est la leur, de leur endettement, des craintes qu’ils éprouvent pour eux-mêmes et pour leurs enfants. Face à ces crises, nous répondons présents pour que la grande distribution prenne pleinement ses responsabilités, mais nous n’utiliserons jamais à des fins politiques le malheur de ceux qui font aujourd’hui face à ce défi !

En clair, monsieur le député, nous répondons présents ! Le ministre est à votre disposition et nous agissons, parce que c’est ce que le monde agricole attend. »