Budget de la défense – Intervention de Francis Hillmeyer

Nos soldats sont sur tous les fronts. Les OPEX engagent la France au Mali, en Centrafrique, ainsi qu’en Irak. Depuis le 27 septembre 2015, notre pays opère également des frappes en Syrie afin de lutter contre Daech.

Les événements de janvier dernier ont été le déclencheur de l’opération Sentinelle, en vue d’assurer la protection de nos concitoyens sur le territoire national. À travers cette mobilisation de 10 000 hommes, ramenés à 7 000, l’armée a montré qu’elle était la seule institution de la République capable de mobiliser autant de moyens en si peu de temps et avec une telle efficacité. Avec un niveau de risque toujours aussi élevé, ne doit-on pas pérenniser cette surveillance en créant une force dédiée à la protection des lieux sensibles sans amputer nos forces armées ?

Toujours est-il que l’engagement de nos troupes est avant tout celui de la France pour la défense de la démocratie et de la liberté, dans la lutte contre le fondamentalisme. Mon collègue Philippe Folliot, l’ensemble des députés du groupe UDI et moi-même avons soutenu ces opérations dès leur lancement, dans un esprit de responsabilité et d’union nationale. Nous saluons le professionnalisme, le courage, la détermination et la volonté de nos soldats. Que ce soit sur le territoire national ou en opérations extérieures, ils nous démontrent qu’ils assument une mission essentielle, dans un contexte particulièrement difficile.

Onze soldats ont été tués en 2013 et 2014 : honorons leur mémoire. Ils sont tombés au champ d’honneur, ils font la fierté de la France. Plusieurs autres ont été blessés. Afin que la France puisse continuer de lutter pour la défense de la liberté et contre le terrorisme, il est absolument essentiel que la défense se voie allouer des crédits suffisants.

Depuis le début du quinquennat nous avons dénoncé les coupes budgétaires et les baisses d’effectifs drastiques qui ont touché la défense. Nous avions ainsi voté contre les budgets pour 2013, 2014 et 2015, mais aussi contre la LPM 2014-2019.

Ces textes prévoyaient en effet 23 500 suppressions de postes, s’ajoutant aux 54 000 postes supprimés dans la précédente LPM. Aucun autre ministère n’a autant contribué à la nécessaire résorption des déficits publics : la contribution de la défense est bien supérieure à ce qu’aurait voulu la simple proportionnalité. Nous avions souligné combien il nous paraissait difficile de consentir des efforts supplémentaires. En outre, de fortes incertitudes pesaient sur les crédits : les recettes exceptionnelles étaient particulièrement élevées, à hauteur de 6,1 milliards d’euros, alors même qu’il était évident qu’elles ne pouvaient pas être réalisées.

La permanence de la menace terroriste a ainsi conduit le Gouvernement à actualiser la LPM afin de renforcer les moyens de nos armées. Nous avons soutenu cette actualisation, qui a permis, sans pour autant les faire disparaître, de réduire un certain nombre d’aléas qui pesaient sur la réalisation de la LPM. C’est un progrès et, fidèles à l’attitude constructive qui a toujours été la nôtre, nous tenons à saluer, monsieur le ministre, votre effort dans un contexte que chacun sait contraint.

Malgré cela, tous s’accordent aujourd’hui pour souligner que la France a atteint sa capacité maximale, tant en opérations extérieures qu’en opérations intérieures. Le général de Villiers a ainsi souligné que l’emploi de ce volume de troupes déséquilibre les armées, particulièrement l’armée de terre. La préparation opérationnelle a été réduite, des engagements internationaux annulés et des relèves modifiées. En outre, des soldats ont vu des permissions réduites, voire supprimées.

Il reste un point essentiel : celui de notre industrie de la défense. Un pays n’est jamais aussi fort que lorsqu’il possède l’outil apte à fournir le matériel nécessaire à ses forces. Ce n’est plus le cas des munitions de petit calibre, dont les ministres de la défense successifs se sont tous accordés à dire que l’achat à l’étranger était plus rentable – sauf que, d’après le retour que j’ai du terrain, près d’un tiers de ces munitions sont de très mauvaise qualité, voir dangereuses pour ceux qui les utilisent.

La France a toujours une industrie capable de relancer la production, telle Manurhin, industrie implantée dans ma circonscription. (Applaudissements sur les bancs du groupe de l’Union des démocrates et indépendants et du groupe Les Républicains.) Ne pensez-vous pas, monsieur le ministre, qu’il est temps de prendre le contre-pied de décisions anciennes qui n’ont pas prouvé leur efficacité ? Et je n’évoquerai pas la question du FAMAS, Philippe Meunier en a parlé.

Toutefois, il est aujourd’hui nécessaire de nous adapter à un monde toujours plus instable et dangereux, où existent de nombreux risques asymétriques. Les moyens que propose le présent texte sont tout juste suffisants. Ils ne sont pas à la hauteur de nos ambitions ni de nos enjeux. C’est pourquoi, malgré des avancées indéniables que le groupe UDI salue, nous nous abstiendrons sur ce projet de budget.