Question de Philippe Folliot, 28 octobre 2015

Ma question s’adresse à M. le Premier ministre. Alors que nos éleveurs tentent péniblement de sortir d’une crise sans précédent, le rapport récemment publié par l’OMS réduit à néant tous leurs efforts. Une nouvelle fois, ils sont pointés du doigt, stigmatisés et victimes d’une nouvelle polémique malheureusement très lourde de conséquences. La viande serait donc cancérigène, si l’on en croit les « une » des journaux des deux derniers jours, selon une communication tronquée et sans demi-mesure qui non seulement met à mal l’ensemble d’une profession mais crée un climat de suspicion, voire de panique, tout à fait malsain.

En fin de compte, ce rapport ne fait qu’établir une vérité connue de tous. En effet, tous les excès sont nuisibles pour notre santé et je ne doute pas qu’un prochain rapport de l’OMS mettra en garde contre la consommation excessive de courgettes, de quinoa ou de pousses de soja !

Le plus triste dans cette affaire est certainement l’amalgame créé par cette étude. Un élevage raisonné comme celui que nous pratiquons en France et plus particulièrement dans les exploitations familiales de la montagne tarnaise serait-il comparable à un élevage très intensif comme celui pratiqué aux États-Unis ? Un légume bourré de pesticides serait-il moins dangereux qu’une viande de qualité ? Une bonne tranche de jambon IGP de Lacaune serait-elle aussi nocive qu’une viande traitée aux hormones ? Il ne faut pas exagérer !

Au fond, cette controverse est révélatrice d’un problème dont souffrent notre agriculture et notre filière agroalimentaire : l’insuffisante valorisation de nos savoir-faire. Sur ce point, le Gouvernement doit faire preuve d’audace en menant une politique stricte en matière de traçabilité et d’étiquetage et en en faisant la promotion au niveau européen. À l’heure de l’inquiétant traité transatlantique, quel message comptez-vous délivrer aux Français mais aussi à nos éleveurs qui s’enlisent dans une détresse économique et morale insoutenable ?

Mme Marisol Touraineministre des affaires sociales, de la santé et des droits des femmes. En nous adressant aux Français, nous nous adressons aux éleveurs, monsieur le député Folliot. Il est vrai que l’étude publiée par l’Organisation mondiale de la santé a inquiété et alarmé aussi bien les consommateurs que les éleveurs. Je tiens à les rassurer car le lien entre la consommation excessive de viande rouge et certains cancers est pris en compte depuis des années dans les pays développés.

En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire des aliments a mis ce risque en évidence il y a plus de dix ans et a émis un certain nombre de recommandations prônées par les gouvernements successifs. Il s’agit néanmoins de consommation excessive. Il ne faut donc pas provoquer l’inquiétude et l’alarmisme ni donner le sentiment à nos concitoyens qu’en mangeant de la charcuterie ou un morceau de viande ils feraient courir un risque à leur santé. Nous devons évidemment faire en sorte que leur consommation soit maîtrisée, ce qui s’inscrit parfaitement dans la politique que nous menons dont le maître mot est « équilibre », comme dans tous les domaines.

En matière de lutte contre les cancers, nous devons être attentifs à bien hiérarchiser les risques. À tout placer sur le même plan, nous oublions que les grands combats à mener sont dirigés contre les substances qui tuent chaque année des centaines de milliers voire des millions de personnes dans le monde, et en particulier le tabac.

Faisons en sorte d’être prudents, équilibrés et maîtres de la situation et n’ayons pas peur de ce qui fait partie de l’art de vivre de notre pays