Mission culture – Intervention de François Rochebloine – 9 novembre 2015

Monsieur le président, madame la ministre, monsieur le président de la commission des affaires culturelles, monsieur le rapporteur spécial, madame la rapporteure pour avis, mes chers collègues, la culture est une promesse : celle de permettre au plus grand nombre de s’élever, de célébrer et de transmettre les valeurs d’une civilisation, d’une nation. En ces temps troublés où la cohésion nationale peut vaciller, cette mission revêt une importance toute particulière.

La France se reconnaît dans La Liberté guidant le peuple de Delacroix, les fortifications de Vauban, les œuvres de Berlioz. Mais pour que vive ce patrimoine culturel, nous devons le partager – partager notre héritage esthétique, nos références visuelles, musicales, cinématographiques. Quel défi pour le ministère de la culture, particulièrement en ces temps contraints !

Madame la ministre, nous sommes tous conscients de la situation budgétaire, mais celle-ci ne doit pas nous empêcher d’être à la hauteur des enjeux auxquels le monde de la culture doit fait face.

La hausse des crédits de la mission, pour la deuxième année consécutive, constitue un signal à première vue positif, mais elle appelle deux remarques. La première est que l’augmentation des crédits ne pourra faire oublier la diminution du budget de la culture subie au début du quinquennat, contrairement aux engagements qui avaient été pris par le candidat François Hollande. La seconde est que la hausse de 5,8 % des crédits de la mission – 6,4 % avec les fonds de concours – dissimule en réalité un transfert des crédits de la redevance d’archéologie préventive, la RAP. À périmètre constant, les crédits de paiement de la mission augmentent donc de 1,3 % – 1,8 % en comptant les fonds de concours. On est loin du budget de 2012 !

Je commencerai par quelques mots sur le programme « Patrimoines », qui traduit la politique de l’État en matière de patrimoine culturel. Le budget du programme 175 est en hausse, et les subventions retirées aux opérateurs lors des exercices 2013 et 2014 leur sont partiellement restituées. Les crédits de paiement augmentent de 121 millions d’euros, dont 118 millions servent à reconstituer la dotation des opérateurs de l’archéologie préventive. Les choix budgétaires opérés par le ministère montrent que la protection du patrimoine monumental n’est plus assurée et que l’État s’appuie toujours plus sur les collectivités territoriales.

J’en profite pour saluer, au nom du groupe UDI, la qualité du travail des rapporteurs pour avis de la commission des affaires culturelles, Marie-Odile Bouillé et notre collègue Michel Piron. Il traite d’un thème particulièrement important en ces temps de disette budgétaire. Quel musée peut vivre de ses seules recettes ? Cette question mérite d’être méditée à l’heure où très peu de musées peuvent vivre de leurs recettes d’exploitation : à Paris, seuls le musée d’Orsay et le musée Rodin sont dans ce cas.

J’en viens ensuite au programme 131, « Création », qui est le socle sur lequel repose le soutien à la diversité et au renouvellement de l’offre culturelle à toutes les étapes de la vie d’une œuvre, et au programme 224, « Transmission des savoirs et démocratisation de la culture ». Le plan en faveur de l’éducation artistique et culturelle est poursuivi et ses moyens sont renforcés, selon les annonces du Gouvernement. Les crédits alloués au spectacle vivant, mis à mal l’an passé, connaissent une légère augmentation. Enfin, nous espérons que la hausse des crédits de ces programmes touchera les territoires les plus éloignés de l’offre culturelle.

Mes chers collègues, les autorités centrales et locales ont beaucoup investi dans les musées et, plus largement, dans la culture. Cette politique a donné de très bons résultats, puisque la fréquentation des musées nationaux a triplé, que celle des autres musées de France a doublé, et que chacun de nos territoires possède un lieu culturel, que ce soit un musée, une compagnie théâtrale ou une école de musique. Néanmoins, les collectivités, qui ont financé les investissements et font vivre la politique culturelle, peinent désormais à maintenir les dotations de fonctionnement de ces établissements. En définitive, ce sont les politiques culturelles qui souffrent le plus des réductions budgétaires résultant du désengagement massif de l’État.

Ce budget est donc sans doute « plus un budget de consolation que de promotion », pour reprendre les mots de mon collègue et ami Michel Piron. Vous comprendrez que le groupe de l’Union des démocrates et indépendants fasse le choix de s’abstenir.