syrie

Question de Rudy Salles, 30 septembre 2015

Monsieur le Premier ministre, le conflit syrien, qui a fait à ce jour plus de 240 000 morts, est au cœur des débats de l’assemblée générale des Nations unies, ouverte ce lundi à New York. Dominée par le retour de la Russie sur le devant de la scène diplomatique, cette assemblée a mis à jour les paradoxes de la position française en matière internationale.

Alors que la France refusait jusqu’alors de frapper les djihadistes dans leur fief syrien, par crainte de conforter Bachar al Assad, le Président de la République a révisé, à la veille de l’assemblée générale, sa stratégie militaire.

La crise des réfugiés et les menaces terroristes qui pèsent sur la France ont accéléré ce changement de stratégie, prôné depuis toujours par l’état-major. Entre les positions russe et américaine, entre la volonté d’éradication de Daech et d’affaiblissement du maître de Damas, le message de la France apparaît de plus en plus brouillé.

 Les raids aériens français, effectués avec une collaboration syrienne, sont en totale opposition avec les paroles de François Hollande à la tribune de l’ONU, affirmant qu’une transition politique en Syrie passera inévitablement par le départ du président syrien.

La France se conforte ainsi dans son isolement, encore renforcé depuis l’évocation par la chancelière allemande d’un éventuel dialogue avec Bachar al Assad, et l’évocation du maintien au pouvoir de celui-ci pendant une période de transition par le Premier ministre britannique.

Assez de cette cacophonie entre les grandes puissances à l’ONU, qui nous ridiculise aux yeux des djihadistes !  Assez de ces contradictions entre un réalisme militaire et une diplomatie teintée d’hypocrisie ! Assez de voir l’image de la France de plus en plus isolée et affaiblie !

Monsieur le Premier ministre, pouvez-vous enfin nous indiquer avec précision quelle sera la partition française dans ce concert diplomatique ?

M. Matthias Feklsecrétaire d’État chargé du commerce extérieur, de la promotion du tourisme et des Français de l’étranger. Monsieur le président, mesdames et messieurs les députés, monsieur le député Rudy Salles, le Premier ministre et le ministre de la défense ont apporté des éléments de réponse sur la Syrie, que je souhaite compléter. Je vous prie tout d’abord d’excuser le ministre des affaires étrangères, qui assiste en ce moment même à l’assemblée générale des Nations unies à New York, là où se trouve précisément sa place pour suivre les questions que vous évoquez.

Chacun sur ces bancs partage la même conviction et le même objectif. La guerre, qui déchire la Syrie depuis quatre ans et demi, doit cesser et les barbares monstrueux de Daech doivent être vaincus au plus vite.

C’est pourquoi le Président de la République a annoncé le 7 septembre des vols de reconnaissance au-dessus de la Syrie. La France a d’ores et déjà pu localiser et frapper ce dimanche un camp d’entraînement de Daech.

La solution en Syrie passe par une transition politique, qui passe elle-même par le départ de Bachar al Assad. Le président l’a clairement rappelé lundi lors de l’assemblée générale de l’ONU.

Comment imaginer un seul instant, monsieur le député, qu’un tyran, responsable de la mort de plus de 240 000 de ses compatriotes et d’un exil de plusieurs millions de personnes, puisse incarner l’avenir de son pays ? Comment penser que le principal responsable du problème puisse en être la solution ? Comment rester dans l’immobilisme ou espérer un retour au statu quo d’avant-guerre, sous prétexte que l’alternative serait pire ?

C’est pourquoi la France redouble d’efforts avec ses partenaires, y compris l’Iran et la Russie, les pays voisins, les pays du Golfe, pour trouver une issue à ce conflit.

Le Président de la République a été très clair.

Il y aura une action contre les djihadistes terroristes de Daech, un processus politique, dans le cadre agréé à Genève en juin 2012, et une aide massive aux pays voisins pour garantir le bon accueil des réfugiés.

La transition politique est la condition de tout le reste. La France, loin d’être isolée ou à la traîne, comme on peut l’entendre ici ou là, est en permanence à l’initiative, sous l’égide du Président de la République et du ministre des affaires étrangères.

Faire émerger une solution politique, protéger les Français contre les terroristes, venir en aide aux réfugiés : seule une action globale est à la hauteur d’un grand pays comme la France.

Accueil des réfugiés en France et en Europe – Philippe Vigier – 17 septembre 2015

Intervention de Philippe Vigier

Monsieur le président, monsieur le Premier ministre, mesdames, messieurs les ministres, ils empruntent par dizaines de milliers les chemins d’un espoir incertain. Certains meurent en traversant la Méditerranée dans des embarcations de fortune, d’autres meurent entassés dans des camions abandonnés sur le bord de la route en fuyant la barbarie, la guerre, les persécutions. Ils sont contraints de quitter la terre qui les a vus naître et d’abandonner leurs racines, condamnés à l’exil dans l’attente, dans l’espoir sans doute, de revoir leur pays.

Dans leur immense majorité, ces hommes et ses femmes qui mettent leurs vies en péril pour rejoindre l’Europe ne sont pas des migrants économiques. Ils sont Syriens, Irakiens, Afghans, Érythréens ou Soudanais. Ils ne sont pas à la recherche d’un emploi ou avides de prestations sociales avantageuses.

Leur mort est insupportable pour la conscience humaine, leur arrivée constitue un défi immense
pour les États qui doivent les accueillir.
Disons-le sans détours : leur accueil, même lorsqu’il leur permet de vivre libres et le plus dignement possible, ne constitue pas une réponse suffisante. Il est un impératif moral, un devoir éthique. Mais la crise que nous connaissons a un nom : Daech, monstre enfanté par la barbarie et par les renoncements coupables de la communauté internationale. Seule son éradication y mettra fin.

L’exigence est donc de construire une coalition internationale associant la Russie, l’Iran et les pays de la région, qui pourra intervertir sous l’égide des Nations unies et définir une solution politique concertée pour stabiliser la zone de manière durable. Il appartient à la France de mener, avec toutes celles et ceux qui placent la dignité humaine au-dessus de tout, cette lutte implacable, longue et violente, que seul un combat peut justifier, celui mené contre la barbarie.
Il y a également et surtout l’urgence humanitaire, qui doit appeler une réponse de la communauté internationale, de l’Europe et de la France à la hauteur du défi historique. Face à ces familles de migrants, charriées sur nos rivages, pouvons-nous rester passifs ? Non ! Nous ne le pouvons pas !
L’Europe et ses États se sont rendus coupables d’inaction et d’hésitations, voire de manquements, lorsque la Hongrie érige un mur de barbelés et déploie son armée face à ceux qui fuient pour sauver leurs vies. Que dire de la France, pays des droits de l’homme, qui a balbutié ses valeurs avant de suivre la voie tracée par l’Allemagne ? Nous n’ignorons rien des tensions qui traversent notre pays : l’immigration irrégulière et les échecs de notre modèle d’intégration qui nourrissent des amalgames,
des peurs et des rejets.
Aussi, nous le disons clairement : nous devons lutter avec fermeté contre les clandestins, les arrêter et les renvoyer dans leur pays. Nous devons également suspendre le regroupement familial des migrants économiques pour accueillir prioritairement ceux qui en ont le plus besoin. C’est même une condition essentielle pour garantir un accueil digne aux réfugiés et aux demandeurs d’asile, à qui nous devons protection.

Nous soutenons la décision tardive, mais courageuse, du Président de la République d’accueillir 24 000 réfugiés et nous saluons la volonté de Bernard Cazeneuve de combattre avec détermination l’immigration illégale. Nous soutenons cette décision parce qu’elle fait l’honneur de la France, dont l’histoire se confond avec celle de l’immigration.

Que serait la France sans les immigrés anonymes ou engagés qui, par leur travail, leur talent, leur amour de la République, leur sang versé pour défendre notre liberté, ont contribué au développement culturel et économique de notre pays ?

La France est plurielle. Elle est belge et italienne quand arrive la révolution industrielle. Elle est polonaise, russe et arménienne, lorsque, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, elle n’est plus qu’un champ de ruines. Elle est espagnole et africaine lorsqu’elle connaît l’espoir des « Trente glorieuses ». Face à cette crise migratoire, nous devons être à la hauteur de notre histoire et de nos valeurs.
Nous le serons à trois conditions.

La première, c’est de mettre en oeuvre les mécanismes permettant de distinguer les réfugiés, auxquels nous devons l’asile, des clandestins, qui ont vocation à être renvoyés dans leur pays d’origine. Il est urgent de sécuriser les camps de réfugiés, avec des forces d’interposition placées sous mandat de l’ONU, et d’installer des centres d’accueils dans les pays d’origine ou de transit. Nous éviterons ainsi les drames, en instruisant les demandes d’asile sur place et nous pourrons également
contenir la poussée de l’immigration irrégulière.

La deuxième condition, c’est de créer une politique migratoire et d’asile commune. Je salue à ce propos le travail effectué par notre collègue Arnaud Richard sur le droit d’asile. Il n’est même plus ici question de suspendre les accords de Schengen ou de les préserver à tout prix. L’espace Schengen est mort ! Il n’existe plus ! Il vient d’exploser sous la pression migratoire.

Certains se réjouissent du retour des frontières. En réalité, si nous sommes pris de vitesse et débordés, c’est parce que les Européens, qui ont choisi d’avoir des frontières communes, ont été incapables de mettre en place une politique migratoire commune et de sécuriser ces mêmes frontières. Nous n’avons pas besoin de frontières supplémentaires, mais d’une Europe plus forte et mieux sécurisée.

Cette politique migratoire commune passera par le recensement de nos besoins démographiques et économiques, par l’harmonisation urgente des systèmes de traitements des demandes d’asile et par la prise en compte précise des spécificités de chaque État, afin qu’ils participent tous – je dis bien tous ! – à l’effort d’accueil en fonction de leurs capacités.
La France ne peut accueillir le même nombre de réfugiés que l’Allemagne, ne serait-ce que parce que notre marché du travail est incapable d’absorber autant de main-d’oeuvre que le leur. Cette politique passe aussi par un contrôle rigoureux aux frontières de l’Europe, exercé par un corps européen de garde-frontière, ainsi que par le renforcement de l’agence Frontex.

Enfin, nous devons être les fers de lance d’une politique ambitieuse et visionnaire, en matière d’aide au développement. Il est aujourd’hui vital de favoriser les grands projets de développement pour permettre des progrès économiques, sociaux et écologiques, et d’irriguer les parties du monde dans lesquelles le fondamentalisme prospère sur la misère, dans lesquelles l’énergie et l’eau manquent ou dans lesquelles les dérèglements climatiques contraignent des milliers de familles à partir. C’est le sens de l’initiative « Énergies pour l’Afrique » que Jean-Louis Borloo porte et qui doit être soutenue.

Ce défi, vous l’avez compris, est colossal et inédit. Il nous impose de nous protéger de nouvelles menaces et de repenser totalement notre système d’intégration, d’ores et déjà soumis à rude épreuve. Bien sûr, il y a la question des places d’hébergement, des aides et de la mobilisation des collectivités territoriales. Nous faisons confiance aux élus locaux et aux associations qui, partout sur le territoire, se sont déjà engagés.

Mais il appartient à l’État de définir une ligne directrice ferme, pour que ces réfugiés s’intègrent dans de bonnes conditions, qu’ils apprennent la langue française, les droits et les devoirs de la République, en particulier les droits des femmes.

Cette crise peut être une occasion unique de nous rappeler d’où nous venons, de nous souvenir que la France nous unit au-delà de nos différences d’origine, de milieu social, de croyances religieuses ou d’opinions politiques, de nous rappeler pourquoi le respect de la dignité humaine est notre bien le plus précieux, que la démocratie doit être chérie et que nous devons être intransigeants face à l’engrenage de la haine, de l’intolérance, du racisme et de la violence.
Ce peut être également une occasion unique de remettre l’école et l’éducation au cœur de notre vivre ensemble et de ranimer ainsi l’esprit défunt de notre République, qui veut que chacun puisse s’élever au-delà de sa condition.

Ce serait aussi une occasion unique de repenser nos relations avec les pays méditerranéens, avec l’Afrique et le monde arabe, et de construire une Europe plus unie et plus forte, qui sera solide face aux mutations majeures que connaît le monde : défis écologique, sécuritaire, démographique, économique, social et culturel.
Du fond de l’adversité, mes chers collègues, notre vieux continent européen et ce vieux pays d’immigration et de liberté qu’est la France peuvent envoyer un message au monde en accueillant ces réfugiés avec bienveillance et générosité. Nous n’avons pas peur du lendemain. Ici, avec celles et ceux qui ont été arrachés à leur patrie, qui enrichiront demain notre communauté par leur
intégration et leurs accomplissements, nous regardons l’avenir avec confiance et exigence.

 

Conférence de presse de François Hollande : réaction de Philippe Vigier

Sur le plan national, le Président de la République a annoncé une baisse de l’impôt sur le revenu pour les Français les plus modestes. Alors que depuis le début du quinquennat, 9 français sur 10 ont été touchés par un matraquage fiscal sans précédent, nous déplorons que le gouvernement, une nouvelle fois, laisse sur le bord du chemin l’immense majorité des classes moyennes.

Pour 11 millions de ménages, les impôts continueront donc d’augmenter, malgré les promesses de pause fiscale du Président de la République. En effet, cette mesure démagogique n’étant pas financée, il est à craindre que les réductions d’impôt accordées aux uns ne se traduisent par des hausses pour les autres, à l’opposé de toute justice fiscale.

Nous demandons au Président de la République de tenir enfin ses engagements vis-à-vis des Françaises et des Français, à qui il a tant demandé depuis trois ans, en répartissant de manière juste le fruit des efforts consentis par tous nos concitoyens.

Sur le plan de la politique internationale, nous ne pouvons qu’apporter notre soutien à l’annonce de vols de reconnaissance aériens en Syrie.

En revanche, nous regrettons le flou entretenu par François Hollande sur l’opportunité de frappes aériennes en Syrie. Alors que la progression de Daech s’accompagne de massacres et d’une crise migratoire sans précédent, devant laquelle le Président de la République a trop tardé à en comprendre l’ampleur.

En outre, si François Hollande a réaffirmé son opposition à une intervention au sol, cette question reste malheureusement et irrémédiablement posée car, a terme, elle constitue sans doute la seule manière de remporter cette guerre contre Daech. Seules les interventions au sol des Kurdes ont d’ailleurs permis de vraiment faire reculer les terroristes jusqu’ici.

Cette intervention au sol ne pourra se faire que dans le cadre d’une coalition large, sous l’autorité des Nations unies. Nous regrettons que François Hollande n’ait annoncé aucune initiative de la France en ce sens.